Icônes byzantines à Chypre : où voir les plus belles collections
Où voir des icônes byzantines à Chypre ?
Le Musée byzantin du Palais de l'Archevêque à Nicosie abrite la plus belle collection — 230 icônes du VIe au XVIIIe siècle. Le monastère de Kykkos possède une célèbre icône de la Vierge attribuée à saint Luc. Les églises peintes du Troodos contiennent des icônes in situ, dans leur cadre architectural d'origine.
Une île qui a préservé ce que Byzance a perdu
Quand l’Empire byzantin fut détruit par la conquête ottomane de Constantinople en 1453, Chypre était encore une possession vénitienne — et avait été, sous diverses formes, en dehors du contrôle ottoman pendant les controverses iconoclastes des VIIIe et IXe siècles qui ont détruit tant d’art religieux byzantin primitif. Il en résulte que Chypre préserve une densité d’icônes byzantines primitives, de fresques et d’objets religieux que même la Grèce — cœur de l’ancien monde byzantin — ne peut égaler.
Comprendre cette histoire aide à expliquer l’intensité particulière avec laquelle Chypre garde son patrimoine religieux. La crise des icônes volées des années 1970 et 1980 — quand des centaines d’icônes et de fresques ont été pillées dans des églises de Chypre du Nord après 1974 et vendues sur les marchés de l’art international — n’est pas un événement historique lointain pour la plupart des Chypriotes. C’est un traumatisme culturel vivant, et les batailles juridiques en cours pour récupérer les objets pillés se poursuivent à ce jour.
Le Musée byzantin, Nicosie
Le Musée byzantin du Palais de l’Archevêque à Nicosie est la collection d’icônes byzantines la plus importante de Chypre, et l’une des plus belles au monde. Le musée occupe l’aile est du complexe du Palais de l’Archevêque au centre de Nicosie.
La collection de 230 icônes s’étend du VIe au XVIIIe siècle. Les pièces les plus anciennes — de la période précédant l’Iconoclasme (726–843 ap. J.-C.) — sont extraordinairement rares. Très peu d’icônes byzantines pré-iconoclastes survivent où que ce soit dans le monde ; la destruction délibérée des images religieuses figuratives pendant les deux périodes iconoclastes a éliminé la plupart de ce que l’Église byzantine primitive avait produit.
Les icônes de la Panagia Kanakaria (VIe siècle) : parmi les objets les plus importants du musée se trouvent des fragments d’icônes en mosaïque du VIe siècle récupérés par des procédures judiciaires après leur vol dans l’abside de l’église Panagia Kanakaria à Chypre du Nord après 1974. L’affaire est devenue internationalement connue quand la République de Chypre a poursuivi avec succès un marchand d’art américain en 1988, établissant des précédents importants pour la restitution des biens culturels volés. Les fragments de mosaïque retournés — représentant le Christ, la Vierge et des Apôtres — sont exposés dans le musée.
La collection principale : la collection permanente comprend des icônes de qualité exceptionnelle de toute l’histoire byzantine et post-byzantine de Chypre — la période comnène (XIe–XIIe siècles), l’ère lusignane (la synthèse complexe des traditions artistiques de l’Église orthodoxe grecque et catholique latine) et la période post-byzantine du XVe au XVIIIe siècle.
Horaires et admission : mardi au vendredi 9h–16h30, samedi 9h–13h. Entrée environ 1,50 €. Pour explorer ce musée et la vieille ville en profondeur, la promenade privée à pied dans Nicosie avec un guide local est la façon la plus enrichissante d’ancrer les collections dans leur contexte historique.
Le monastère de Kykkos — l’icône la plus sacrée
Le monastère de Kykkos, haut dans les montagnes du Troodos à 1 140 mètres, est le monastère le plus important de Chypre et parmi les plus significatifs du monde orthodoxe. Il fut fondé à la fin du XIe siècle, selon la tradition, quand un ermite byzantin reçut une icône de la Vierge Marie de l’empereur de Constantinople — l’icône est attribuée dans la tradition à saint Luc lui-même et est considérée miraculeuse.
L’icône originale n’est pas visible : elle est en permanence recouverte d’un couvercle repoussé en argent et or et n’a, selon la tradition, pas été vue par des yeux humains depuis des siècles (la découvrir est censé porter grand malheur). Ce que vous voyez à Kykkos, c’est l’icône couverte dans son cadre élaboré, entourée des offrandes votives de pèlerins reconnaissants.
Les bâtiments du monastère visibles aujourd’hui datent en grande partie des XVIIIe et XIXe siècles, le complexe ayant brûlé et été reconstruit plusieurs fois. L’église principale est richement décorée de mosaïques modernes dans le style byzantin. Le musée annexé contient des objets du trésor du monastère — vêtements liturgiques, calices, croix.
Kykkos est à 120 km de Nicosie (2 heures de route) et à 90 km de Paphos. Il est accessible par excursion organisée d’une journée depuis les deux villes. Depuis Limassol, l’ excursion Troodos et monastère de Kykkos depuis Limassol est la formule guidée la plus pratique pour combiner le monastère et les paysages de montagne en une journée.
Les icônes dans leur cadre d’origine : les églises du Troodos
Les églises peintes des montagnes du Troodos (voir notre guide dédié aux églises peintes) contiennent non seulement des fresques mais aussi des icônes portatives dans leurs écrans d’autel et intérieurs d’églises d’origine. Ces icônes — beaucoup du XVIe au XVIIIe siècle — sont restées dans les églises pour lesquelles elles ont été peintes, leur conférant une authenticité qu’aucune collection muséale ne peut reproduire.
En particulier, l’iconostase d’Agios Nikolaos tis Stegis à Kakopetria contient des icônes qui ont été en usage continu pendant des siècles. La relation entre les icônes et leur fonction rituelle — la façon dont elles sont embrassées, éclairées de bougies, ornées d’offrandes votives — fait partie de la compréhension de ce que sont ces objets. Ce ne sont pas des objets d’art au sens occidental des galeries ; ce sont des fenêtres, dans la tradition théologique orthodoxe, à travers lesquelles le sacré devient accessible.
Les icônes pillées de Chypre du Nord
Les événements suivant la partition de 1974 sont un contexte essentiel pour comprendre la culture des icônes chypriotes. Quand les habitants chypriotes grecs ont fui le nord, ils ont laissé derrière eux des églises pleines d’icônes, de fresques et d’objets liturgiques. Beaucoup ont ensuite été pillés par des réseaux organisés de contrebande d’art qui servaient des collectionneurs internationaux.
L’ampleur de la perte est documentée par le gouvernement chypriote : plus de 20 000 objets religieux seraient retirés des églises de Chypre du Nord depuis 1974. Les mosaïques de la Panagia Kanakaria — un travail du VIe siècle d’une rareté exceptionnelle — ont été découpées dans l’abside de l’église et vendues par des marchands d’art à Munich et Indianapolis.
Les batailles juridiques pour récupérer ces objets ont obtenu des succès significatifs — les mosaïques de Kanakaria, de nombreuses icônes retournées d’Allemagne, de Belgique et des États-Unis — mais de nombreux objets restent dans des collections privées.
Ce contexte donne un poids particulier aux objets exposés dans le Musée byzantin. Voir les fragments de mosaïque de Kanakaria à Nicosie — connaître leur histoire et savoir que l’église dont ils proviennent se trouve encore vide dans un village de Chypre du Nord — est une expérience qu’aucune distance historique ne rend abstraite.
Informations pratiques
Musée byzantin, Nicosie : avenue Archbishop Makarios III, dans le complexe du Palais de l’Archevêque. À pied depuis le centre-ville (15 minutes de la place Eleftheria). Combinez avec le Musée des arts populaires et le Palais de l’Archevêque lui-même pour une matinée complète.
Monastère de Kykkos : nécessite soit une voiture soit une excursion organisée d’une journée. La route de montagne est belle et le monastère peut être combiné avec la zone sommitale du Troodos, la Cedar Valley et le village de Pedoulas.
Les églises du Troodos : nécessitent une voiture et une planification anticipée pour l’accès aux bâtiments fermés à clé. Pour un circuit complet depuis Paphos, l’ excursion guidée dans les villages du Troodos depuis Paphos couvre les points forts de la région de montagne, icônes et patrimoine inclus.
Questions fréquentes sur les icônes byzantines à Chypre
Pourquoi Chypre a-t-elle autant d’icônes byzantines primitives par rapport à la Grèce ?
Chypre a échappé aux pires effets des périodes d’Iconoclasme byzantin (726–843 ap. J.-C.), pendant lesquelles le gouvernement impérial a ordonné la destruction des images religieuses figuratives. La distance relative de Chypre par rapport à Constantinople et son statut ecclésiastique semi-autonome signifient que moins d’icônes ont été détruites ici.
Peut-on acheter des icônes authentiques de style byzantin à Chypre ?
Oui — plusieurs ateliers à Nicosie, Larnaca et Limassol produisent des icônes selon la technique byzantine traditionnelle (tempera à l’œuf sur bois, avec des fonds en feuille d’or). Les icônes authentiques peintes à la main par des artisans qualifiés coûtent 100–500 € pour des pièces de taille moyenne. Les icônes de reproduction imprimées sont vendues partout et coûtent 5–30 €.
La photographie est-elle autorisée dans le Musée byzantin ?
La photographie sans flash est autorisée dans la plupart du Musée byzantin. Le musée du trésor de Kykkos interdit la photographie de certains objets. Les églises du Troodos interdissent généralement la photographie ou la limitent sans flash ; demandez toujours.
Que sont devenues les mosaïques de la Panagia Kanakaria après leur retour ?
Les fragments de mosaïque récupérés par le jugement américain de 1988 et les procédures judiciaires ultérieures sont maintenant exposés dans le Musée byzantin de Nicosie. Ils sont parmi les points forts de la collection.
Des icônes reviennent-elles des églises de Chypre du Nord maintenant ?
Cela reste une question politique contestée. Certains travaux de restauration et de conservation ont été menés dans certaines églises du nord. La République de Chypre maintient une base de données des objets religieux manquants et continue de poursuivre la restitution par des voies juridiques. Pour les voyageurs, la contribution la plus pratique est d’éviter d’acheter toute icône ou objet religieux d’apparence ancienne par des canaux informels.